Gilbert Senecaut – La femme au miroir [1954]

francis picabia

Il aura fallu le ptérodactyle agonisant sous les flèches aux premières lueurs du monde, le bain d’Archimède, le massacre de la Saint-Barthélémy, la peste de Londres, la Brinvilliers avec ses tasses de venin, le grabat de Verlaine, et aussi, sans doute, cette mouche, invisible si l’on n’y prend garde, qui se pose à l’instant sur un pli de ta jupe après avoir rôdé dans les ordures, – pour que ta pure, radieuse, inquiétante beauté aujourd’hui traverse et change en jardin le désert de mon regard. Que de sang te couvre, somptueuse innocence, que de boue, de blasphèmes, d’épouvante; et de quelles plaies hideuses, ô splendeur, de quels chancres ton règne est distillé!

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Revue Littéraire : Le Soupirail #1 (Edito) [Février 1928]

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(Edito du premier numéro de la revue littéraire « Le Soupirail » fondée par Jean Glineur)

L’esthétique dite moderne dont certaines personnes se nourrissent à l’aveugle ou par snobisme ne nous touche pas. Nous nous moquons de l’esthétique dite moderne, de ce qu’elle a de brutal ou d’irritant. Elle revêt d’ailleurs des formes excessivement nombreuses, et bien malin qui pourrait nous en dresser une nomenclature complète. Il faut reconnaître que ce qui vivait hier est déjà mort aujourd’hui.

Sans doute, les mots de futurisme, de cubisme, de dadaïsme, de surréalisme, et que sais-je encore, sont des étiquettes commodes; mais jusqu’où va leur valeur, la précision de leur indication?

Et puis l’absolutisme de ces théories, l’étroitesse de leurs vues, souvent justes, sous un certain rapport, leur manque d’universalité nous les font, comme telles, rejeter en bloc.
Mais s’il s’agit de reconnaître leurs bienfaits, s’il s’agit de reconnaître la qualité de leur influence, de reconnaître la puissance d’un Marinetti, la profondeur et la richesse poétiques d’un Max Jacob, d’un Reverdy, d’un Jean Cocteau, l’incontestable talent d’un Aragon, d’un Breton, d’un Eluard, nous sommes tout disposés à le faire, et avec joie…

Nous sommes peu sensibles à l’esprit de ces chapelles. Nous le sommes plus à l’égard de celui des hommes. Et nous le sommes tout à fait à l’égard de leurs œuvres. C’est là que nous jugeons les auteurs dits modernes, et non dans leurs manifestes, si ingénieux soient-ils.

©Dessin : Francis Picabia