Marie Depussé – Dieu gît dans les détails / La Borde, un asile (Extrait) [2014]

Jean Dubuffet - Large Black Landscape, 1946 (Left) and L Homme a la Rose, 1949 (Right)

POUSSIÈRE

Des gens haineux disent parfois « Mais ici, c’est sale. »

Savent-ils que le corps des malades mentaux, que leurs gestes, effritent l’espace au lieu de l’habiter, en une desquamation monotone qui remplit les cendriers, fait déborder les chiottes, salit, efface la grâce des objets, pulvérise ? Qu’ils ont besoin, souvent, de la poussière qui les protège de la violence du jour, de celles des autres, et qu’il faut faire très doucement quand on balaye ?

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Mikhaïl Mitsakis – Dans la maison des fous (Extrait)

Hospital

La population de l’asile est plutôt modeste. Si je ne m’abuse, le nombre de ses pensionnaires ne doit pas excéder la centaine, hommes et femmes confondus. Mais quelles dimensions gigantesques ne faudrait=il pas donner à l’édifice si ce dernier devait contenir tous ceux qui y ont leur place! Combien d’individus censément sains d’esprit ne se révéleraient=ils pas atteints de toquades bien pires et autrement plus inquiétantes que celles dont souffrent ceux qui sont ici enfermés! Comme si l’ambition et la vanité, dont l’obstination n’a d’égale que la vacuité, et le désir de s’enrichir toujours d’avantage, et la poursuite de chimères à jamais hors d’atteinte, et la soumission à des idées reçues et notoirement ineptes n’étaient pas autant de formes déguisées de la folie? Combien d’hommes politiques agitateurs d’idées creuses et prêts à tout pour voir se réaliser leurs utopies ne seraient-ils pas parfaitement à leur place parmi les pensionnaires de cet établissement! Et combien de solliciteurs, brigueurs de postes, et d’honneurs, et de considération, qui n’hésiteraient pas à tout briser sur leur passage pour satisfaire leur passion d’un jour! Combien d’esprits médiocres qui, à l’instar de Koskinas le mathématicien, prétendent au génie! Et combien d’âmes plus violentes et brutales que le faciès du géant frissonnant! Combien d’amoureux sans plus d’espoir ni d’avenir que le malheureux gendarme, combien de fous en liberté et de déments qui s’ignorent, combien de possédés circulant par les rues, en toute impunité?

©Mikhaïl Mitsakis : Un chercheur d’or  / La vie / Dans la maison des fous (Traduit par Gilles Ortlieb) [Finitude // 2003]
©Photographie : Eugène Richards
net: https://eugenerichards.com/