Interview (7) Georges Perec (Extraits) [Jazz Magazine #272 / 1979]

(Interview réalisée par le magazine « Jazz Magazine » en 1979)

 

Perec : Quand on lit Je me souviens, on voit que j’aimais le jazz, et puis qu’à un moment donné mes souvenirs s’arrêtent – à partir de là je n’ai plus de souvenirs à propos du jazz. Vous connaissez le mot d’Armstrong : « Le jazz et moi sommes nés ensemble », moi je disais « Le jazz et moi sommes morts ensemble ». Je ne suis pas mort, mais l’amour que j’avais du jazz est mort pour moi en même temps que le jazz, je veux dire en même temps qu’un certain jazz. Lire la suite

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Interview (4) « Ini Itu » [Archive 2011]

(Une interview que j’ai effectué, en 2011, pour le webzine A L’Arrache)

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Ce n’est plus un secret pour personne, le domaine de la musique est saturé, et vouloir se lancer dans la création d’un label est devenu une idée un peu folle. Pourtant, en 2008, Sylvain ose mettre sur pied INI ITU. Un label avec lequel il veut proposer des « interfaces musicales », ouvrir les frontières de la musique en proposant des rencontres et aller plus loin que simplement proposer un style de musique pour un groupe de gens bien défini. Nous sommes allés à la rencontre de ce passionné, pour une interview riche en découvertes. Lire la suite

Interview (1) Fabrice Luchini – Un peu de poésie, à l’heure de l’écrasante puissance de la bêtise (Extraits) [2015]

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C’est le triomphe de Warhol, du «Moi». Nous vivons un chômage de masse, il y a mille personnes qui perdent leur métier par jour et ces pauvres individus ont été transformés en petites PME vagabondes. Constamment, ils déambulent comme s’ils étaient très occupés. Mais cela se fait avec notre consentement: tout le monde est d’accord, tout le monde est sympa. Et la vie qui doit être privée est offerte bruyamment à tous. Les problèmes d’infrastructures des vacances du petit à Chamonix par rapport au grand frère qui n’est pas très content, le problème du patron qui est dégueulasse: nous saurons tout! Si au moins on entendait dans le TGV: «Le dessein en est pris, je pars, cher Théramène», et que, de l’autre côté du train, un voyageur répondait bien fort: «Déjà pour satisfaire à votre juste crainte, j’ai couru les deux mers que sépare Corinthe», peut-être alors le portable serait supportable.
« Le réel à toutes les époques était irrespirable », écrivait Philippe Muray. J’observe simplement qu’on nous parle d’une société du «care», d’une société qui serait moins brutale, moins cruelle. Je remarque qu’une idéologie festive, bienveillante, collective, solidaire imprègne l’atmosphère. Et dans ce même monde règne l’agression contre la promenade, la gratuité, la conversation, la délicatesse. Je ne juge pas. Je fais comme eux. Je rentre dans le TGV. Je mets un gros casque immonde. J’écoute Bach, Mozart ou du grégorien. Je ne regarde personne. Je n’adresse la parole à personne et personne ne s’adresse à moi. La vérité est que je prends l’horreur de cette époque comme elle vient et me console en me disant que tout deuil sur les illusions de sociabilité est une progression dans la vie intérieure.
Interview complète : http://www.lefigaro.fr/vox/culture/2015/07/24/31006-20150724ARTFIG00229-fabrice-luchini-un-peu-de-poesie-a-l-heure-de-l-ecrasante-puissance-de-la-betise.php
©Image : Max Ernst (The Babarians)

Asma Barlas – Le voile… (Extrait d’interview)

24750.jpgPlus que le voile, n’est-ce pas ce réflexe de l’associer à la féminité musulmane qui pose problème ? Nous sommes loin de toutes porter le voile ! Il fut un temps, l’image que se faisaient les Européens des musulmanes était celle d’esclaves à peine vêtues, cloitrées dans un harem…A présent, le stéréotype employé pour nous cataloguer est cette histoire de voile…qui suscite immédiatement chez les Européens le désir de l’arracher. En tant que musulmane, je pose la question : pourquoi les Européens se passionnent à ce point pour les images qu’ils se font de nous, et pourquoi sont-elles systématiquement négatives ? J’ignore la généalogie exacte de ce vêtement ou accessoire, mais je sais qu’il appartient aussi à l’histoire religieuse de l’Europe, puisque c’était une coutume juive et chrétienne. D’ailleurs , nombreuses sont les nonnes catholiques qui continuent à porter un voile. Les Européens ne sont donc pas étrangers au voile, mais ils sont décontenancés par celui des musulmanes pour une raison simple : pour eux, c’est un symbole de la résurrection de l’islam. Mais en réalité, l’islam n’est pas en train de ressusciter, puisqu’il n’a jamais connu de déclin. Les craintes qui se cristallisent aujourd’hui autour de la question du voile dissimulent, autant qu’elles les révèlent, les craintes concernant les limites du sécularisme. D’où les réponses plutôt militantes et intolérantes de l’Europe à ce vêtement.

©Interview : [Extrait de l’interview d’Asma Barlas donnée au magazine « Philosphie » – Hors série-  le Coran (Mars-Avril 2015)]
©Image : Oleg Dou
net : http://www.olegdou.com