Etienne Klein/Jacques Perry-Salkow – Anagrammes renversantes ou Le sens caché du monde (Extraits) [2011]

fred-eerdekens-god-ego-1990La madeleine de Proust

Et je me pris soudain à rêver à certaines odeurs et saveurs qui, frêles mais vivaces, demeurent en nous, à attendre, à espérer la « gorgée de thé m^lée des miettes d’un petit morceau de madeleine » qui les fera revivre. Qui sait si ces souvenirs remonteront jamais de leur nuit? Qui sait de quel breuvage « pris contre notre habitude  »   sortira

La ronde ailée du temps

 

La vitesse de la lumière

La vitesse d’une particule dans le vide est toujours comprise entre zéro – la particule est alors immobile –  et 299 792 468 m/s, la vitesse de la lumière, qui ne saurait être dépassée sans que cela contredis formellement les équations d’Einstein. cette constante universelle de la physique

Limite les rêves au-delà

 

Les paradoxes du chat beurré

Etant donné qu’un chat retombe toujours sur ses pattes et qu’une tartine beurrée s’écrase systématiquement sur le côté beurré, que se passerait-il si on laissait tomber un chat sur le dos duquel on aurait préalablement fixé une tartine beurrée? Certains spécialistes pensent que le félin lévitera pour éviter de prendre parti; d’autres parient que le souple quadrupède finira par imposer la loi de sa chute, d’autre encore clament que la tartine ne saurait enfreindre la li de l’emmerdement maximum qui lui colle à la peau; enfin il y a ceux qui expliquent que le comportement du chat et celui de la tartine sont si fondamentalement contradictoires que, associés l’un à l’autre, ils engendrent un certain nombre de paradoxes. Et, pour peu que l’alcool s’en mêle, leur résolution, toujours hasardeuse, devient vit un

aléa chaud d’experts bourrés.

 

Les liaisons dangereuses

L’histoire d’un être, serpent devant l’Éternel, pris au piège de l’amour qu’il voulait feindre. Un moment-clé, lettre XXIII: le vicomte de Valmont voit à travers la serrure sa proie « adorable », Mme de Tourvel, à genoux, baignée de larmes, et priant avec ferveur. Quel dieu ose-t-elle invoquer? En est-il d’assez puissant contre l’amour? Et quelle est donc sa faiblesse à lui si, oubliant ses projets, il n’a d’autre plaisir que celui de considérer à loisir l’exemple de la candeur? Cette nuit-là, Valmont dort mal. Il aperçoit le point du jour, espère que la fraîcheur qui l’accompagne lui amènera le sommeil. Mais il n’est pas de repos possible. Elles se sont refermées sur lui,

les ailes sanguines d’Éros

 

Jean-François Champollion,
conservateur du département
d’égyptologie au musée du Louvre

« Ce n’était plus la simplicité antique. Ce n’était plus la noble gravité des monuments pharaoniques. Rien que la décadence de l’art égyptien sous les Ptolémées. »
Ses travaux terminés à Edfou, Campollion alla reposer ses yeux, fatigués des mauvais hiéroglyphes et des pitoyables sculptures dans les tombeaux de l’ancienne ville d’Eléthya. Ce samedi 28 février 1829, il fut accueilli par la pluie, qui redoubla pendant la nuit, avec tonnerre et éclairs. L’attendaient, dans un temple de la seconde enceinte, de magnifiques inscriptions en caractères hiératiques, qui ne renfermaient pas, comme on l’avait cru si longtemps, de hautes spéculations philosophiques, mais relataient tout simplement l’histoire du lieu.

A la lueur fauve d’un gros lampion
dépoli, et gouvernant mon émoi,
je décrypte des cartouches.

 

L’Origine du monde,
Gustave Courbet

Peints sans apprêt, un ventre de femme au noir mont de Vénus obombrant l’entrebâillement d’un con rose, un drap blanc froissé, un téton encore tumescent. Tout laisse penser que le modèle vient de faire l’amour. On imagine la belle qui se laisse noyer, molle comme un pantin de son, les membres détendus, brisés. Elle repose, tandis que la foudre admirable s’éloigne d’elle. c’est le naufrage de l’après que Courbet semble avoir mis dans

ce vagin où goutte l’ombre d’un désir.

 

Le marquis de Sade

Parce qu’il poussa l’art d’échauffer le derme des laquais jusqu’à l’excès, parce que sa vie ne fut qu’une succession de drames laïques, voire d’aléas merdiques, parce qu’il foula aux pieds les fleurs infortunées de la vertu et ternit la laque des damiers de ses vices prospères. Sade ne s’adresse qu’à des gens capables de l’entendre. Ceux là liront sans danger. Ils entreront dans le laboratoire de sa prose pour y

disséquer la dame.

©Livre : Etienne Klein/Jacques Perry-Salkow – Anagrammes renversantes ou Le sens caché du monde [Flammarion // 2011]
©Oeuvre sur la photographie : Fred Eerdekens [God Ego]