Inédits (6)… André Stas & Eric Dejaeger – SOrNETS (IX)

Sornet 09

Fort nerveuse, elle attend, pâle, sur le divan,
Rêveuse, hystérique, paranoligophrène,
Edmund aka Sigmund, aux trois quarts schizophrène,
Un géant la poursuit, bâti comme Cravan.

Détends-toi ! Je te prends le surmoi par devant.
Je suis trop pressé à ton avis, hébéphrène !
Ulule tant et plus, il n’est rien qui me phrène,
Ne crains pas de tenter ce trip très captivant.

Gentille montre-toi, qu’à fond je te consulte,
Laisse-moi te fouiller pour qu’après je t’insulte
Ainsi que tous les psys attendant leur cachet.

Caractériel émoi qui tes tripes convulse !
Anorexique, allez, vomis dans ce sachet !
Ne crains rien, fais-moi tout, ton âme se révulse.

©André Stas & Eric Dejaeger (http://courttoujours.hautetfort.com/)
Illustration de Jean-Paul Verstraeten
Extrait de SOrNETS, recueil sextumane en chantier
soRnets (sornet : masculin de sornette, sonnet classique avec acrostiche)

 

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La fin de…

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La fin de Catarrhe…
COUP D’ÉPILOGUE A POUSSIÈRES

Au loin, se faufilant entre les toits des maisons closes à cette heure, un soleil fatigué s’est couché sur le flan de la pâtisserie du coin. La nuit est tombée de haut et rajuste son bât. Une chouette réveille son hibou de fils, elle qui lui a préparé son petit-déjeuner. Sur les vitres embuées, la pluie verse quelques larmes.
Éric et André sont partis prendre un dernier verre, solidaires. Thierry s’éloigne comme un chat lent qui passe. Marc, semblable à Éric Clapton, entonne « Tears in Heaven » et après avoir abattu son labeur, disparaît dans la nuit, habits sales. Olivier a remis son costume de Girafe et s’engage dans un sens unique plutôt que dans la Police. Patrick, tel un tueur en chérie, part à la recherche du fruit des fendus (cf ses livres). Céline, fantomatique, se drape dans son manteau crème de mousseline car elle n’a jamais connu de vent pire. Lou, véritable barbier de Séville, rase les murs. Les autres ont disparu depuis belle lurette, et Dieu sait si elle fut belle, dans les brumes, sur le quai. Ce furent tous des matrices pour de futurs écrivains mais déjà, ces moules s’effritent à l’horizon.
Sur la table de réunion, le cendrier est plein, lui aussi. Le nuage de fumée qui entoure la lampe du bureau s’estompe, c’est le dernier halo qui est à l’appareil électrique. De la table, une bouteille de bière roule, amasse la mousse et se brise. J’éteins, « T’as marre de ce triste spectacle », me dis-je. Dans le noir, en plein vol, une mouche se fracasse sur l’ampoule. Un ver luisant bègue et daltonien lui vient en aide. Je ferme le bureau de rédaction et claque cette porte qu’on cherre. J’ai l’alarme à l’œil. La sirène ne se fait pas entendre, parfois, elle en fit bien à sa tête.
Quelle belle aventure que fut Catarrhe. Lorsque je pense coryza, je me souviens de cette belle bande et ris de tout ce que nous avons vécu ensemble, de toutes ces belles rencontres.
En véritables Rois de France, nous retournerons les pages de cette revue sans nous lasser, c’est une chose sûre.
Prose, elle a vécu ce que vivent les proses, l’espace d’un quatrain.

Jean-Paul Verstraeten

net: http://catarrhe.skynetblogs.be/

John P. Barrywell – Et que l’ongle soit réincarné! (Extraits) [2015]

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Les frites se vendent, les gens décontractés contractent les autres, les instruments souffrent et s’expriment comme des citrons pressés, les musiciens se retournent dans leur tombe, des chiens qui ne feraient pas de mal à une mouche, mordent cependant tous les autres. Tout se passe donc comme à l’accoutumée dans ce bas monde.

Dans un sifflement imperceptible, l’OVI, l’objet volant identifié, se stabilise au-dessus de la colline. Un grand coup de klaxon lâche les premières notes de la Cucaracha et l’engin se pose enfin au milieu d’une foule muette.Une porte s’ouvre, un escalier roulant télescopique surgit… Puis, plus rien… Les secondes passent, elles semblent une éternité… Lorsqu’un « Hooo » étouffé se dégage de la foule. Un grand homme élancé au visage fin et glabre, aux longs cheveux blonds, aux yeux bleus étincelants, en combinaison orange, jaune et vert agrémentée d’impressions de têtes d’éléphants, apparaît dans l’ouverture illuminée, à son cou se balance une amulette, car comme dans un grand opéra l’amulette se porte ici.

– Que la Grande Ingurgitation commence et que l’Ongle soit réincarné!

– C’est donc pour cela qu’ils ont reconnu les lieux, mais n’ont pas reconnu Denise.

– Ben ouais, nous on connaît pas Denise, nous on a fait connaissance avec Paulette, hein Shirson.

– Ben ouais, Ashock… Même que je disais toujours « Hé Paulette, après ce coup-là, tu vas prendre du galon! »… Mff, mff, mff…

C’est pourquoi, en son honneur, je déclare officiellement instaurer sur terre, en ce jour de Fête Nationale d’Astérope, la « Journée de la Flemme ». Merci à tous.

©Livre : John P. Barrywell – Et que l’ongle soit réincarné! (Traduction : Jean-Paul verstraeten) [Cactus inébranlable édition // 2015]
Image : Monty Python (Flying Circus)