Arun Kolatkar – Kala Ghoda. Poèmes de Bombay (Extrait) [2013]

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Chien Paria // partie #7

Ce que j’aime à cette heure, en ce lieu,
Allongé là à étreindre le sol,
La mâchoire posée sur mes pattes avant croisées,

Les yeux au niveau du clavier
Bien tempéré, mais édenté,
Des blocs de béton noirs et blancs

Qui forment les bornes de ce trilot
Et m’offrent mon horizon premier,
C’est qu’on me laisse

Travailler en paix sur mon magnum opus,
Une triple sonate pour circumpiano
Fondée sur trois thèmes distincts :

L’un inspiré par une pie qui chante,
L’autre par le hurlement d’une ambulance,
Et le troisième par un marteau piqueur

-pianiste pie qui des yeux caresse et titille
Les touches en béton
Sans se laisser démonter par l’absence digitale.

©Livre : Arun Kolatkar – Kala Ghoda. Poèmes de Bombay [Gallimard // 2013]
©Image : Barnaby Aldrick [The streets of Bombay]

Arun Kolatkar – Kala Ghoda / Poèmes de Bombay (extrait)

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Mes narines frémissent.
Une odeur multicolore,
D’innocence et de lavande,

De sueur suave et âcre,
Vernis à ongles,
Bois de rose et résine,

Remonte comme un feu de Bengale
Dans mes narines
Et explose dans mon cerveau

Ce n’est pas tant la jeune fille aux longues jambes
Qui prend un raccourci
En traversant cet îlot, comme toujours,

Son étui à violon à la main,
En retard une fois encore à son cours de musique
À Max Mueller Bhavan,

Qu’un avertissement me signifiant
Que mon idylle
Touche à sa fin,

Que l’heure est venue pour moi
De rendre la ville
À ses soi-disant maîtres.

©Livre : Arun Kolatkar – Kala Ghoda / Poèmes de Bombay [Gallimard Poésie // 2013]
©Image : Steve McCurry