A propos de… (2) :Le Hearst Castle (par Umberto Eco)

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Collection incomparable, entre autres, de pièces authentiques, le château de Citizen Kane obtient un effet psychédélique et un résultat kitsch non pas parce que le passé n’est pas distinct du présent (parce qu’au fond les seigneurs de l’Antiquité amassaient ainsi leurs pièces rares et le même continuum de style se retrouvait dans beaucoup d’églises romanes avec la nef devenue baroque et peut-être le clocher XVIIIe) mais parce qu’on est offensé par la voracité du choix et angoissé par la crainte de succomber à la fascination de cette jungle de beautés vénérables, qui indubitablement a un goût sauvage, une tristesse pathétique, une grandeur barbare, une perversité sensuelle et qui respire la contamination, le blasphème, la messe noire, comme si on faisait l’amour dans un confessionnal avec une prostituée habillée de vêtements sacerdotaux en récitant des vers de Baudelaire tandis que dix orgues électroniques émettent le Clavecin bien tempéré joué par Scriabine.

©Livre : Umberto Eco – La guerre du faux [Editions Grasset // 1985]
Image : Hearst Castle
net: http://capeandislands.org/post/gather-ye-rosebuds-citizen-kane-screened-hearst-castle#stream/0
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