Emma Santos – La malcastrée (Extraits) [1973]

emelyne duval 2©Emelyne Duval (https://www.emelyneduval.com/)

 

L’important c’était d’attendre l’avion pour le pays de nulle part, l’important c’était d’être là et de simuler. On avait assez d’imagination. On faisait le tour de notre tête à la place du tour de la terre.
Il y avait des chiffres aussi, des tas de pendules. On ne savait pas lire l’heure. Ils ne nous avaient pas appris, un oubli. On ne voulait pas de leur convention. On préférait regarder le ciel, le soleil, la lune. Pour nous, il y avait le jour et la nuit, le jour pour dormir ou se promener la nuit pour cambrioler les banques et les marchands de jouets. On était des hors-la-loi hors du temps.
Les autres, ils ont jugé, classé les mots et les couleurs. Ils leur ont donné un contenu, un sens, une forme. Tout était devenu fade. On ne voulais pas. Ils ont décidé à la hâte, sans réfléchir. Si jours plus un pour faire le monde, c’est un peu rapide… Nous on avait toute la vie pour faire la vie.

Si tu t’arrêtes d’écrire tu sais que tu es seule. Pour le moment tu planes. Surtout surtout il faut écrire vite sans s’entendre, il faut se saouler de mots. Si tu t’écoutes tu trouves tout idiot. Il ne faut pas, il faut parler pour parler. Ne parle jamais pour dire quelque chose. Évite la sincérité, fuis-la même, personne ne t’écouterait. Les mots, les vrais mots sont muets. Écris avec du vent, écris, écris vite. Des frissons des aperçus n’importe comment. Écris n’importe quoi, sans regarder, sans t’en rendre compte. Écris des dedans. Écris les yeux fermés.

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Extraits du hasard (5)

(Des extraits trouvés au hasard d’un site internet, d’un partage sur Facebook, d’une citation dans un livre, une référence dans un film…)

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Quand un homme a atteint la vieillesse et accompli sa mission, il a le droit de considérer en paix l’idée de la mort. Il n’a aucun besoin de ses semblables, il les connaît déjà, il en a vu assez. Ce qu’il lui faut, c’est la paix. Et qu’on n’aille pas le chercher, qu’on ne l’accable pas de bavardages, qu’on ne l’oblige pas à souffrir des banalités. Que l’on passe devant chez lui, comme si personne n’habitait.

Texte : Meng‑Tseu (Mencius)
©Photographie : Joaquim Cauqueraumont

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j’ai des perspectives qui s’ouvrent et des mondes entiers à écrire

©Texte : Florian Houdart
©Image : John Pederson [Spaceman on small planetoid passing through Jupiter’s Moon belt]

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Les mots ça ne sert à rien surtout pas à communiquer. C’est comme déposer ses excréments, rejeter, parler, dire n’importe quoi, aimer, être vivant. On est obligé autrement on a des vapeurs, des maux de tête et on meurt. On devient fou à cause du silence. Je me tue quand je suis muette. Je joue à tuer. Je joue à aimer. Je joue à jouer.
Parce que je dis des trucs inutiles, je peux passer une journée à ne rien faire assise sur le banc du métro avec mon cahier. Je me ronge les ongles et j’arrache les petites peaux autour. Je me gratte les dents avec une allumette. Je mets un doigt dans le nez, dans l’oreille. Je m’accorde à mon corps. Je fais connaissance. Nous nous retrouvons. des mots, des mots toujours, ça devient fatiguant … Je m’aperçois que j’ai des seins, des genoux, un ventre, un enfant bientôt. Je me sens bientôt. Je me sens corps. Je répète le mot Corps

©Livre : Emma Santos – La malcastrée [Editions des femmes // 1976]