Le devoir de fonder une famille… un avis de 1937

« …Mais il faut reconnaître que les particuliers partagent avec L’Etat la responsabilité de ce fâcheux état de choses. Le remède à la dénatalité est aussi d’ordre moral. Il consisterait à se pénétrer non seulement de la nécessité de fonder un foyer mais encore de celle d’avoir une nombreuse famille; à se libérer de sophismes tels que la maxime absolutoire : « On n’a pas le droit d’avoir des enfants quand on n’a pas de quoi les élever », que beaucoup de ménages invoquent pour ne pas s’avouer leur manque de courage devant les difficultés de l’existence. Combien y en a-t-il qui éviteront ainsi de procréer ou qui concentreront sur un seul enfant leur légitime désir de voir s’élever la famille, alors que chacun d’eux devrait en avoir au moins trois pour parer aux risques de la mortalité. Ils ne se rendent pas compte, ces parents, de l’inanité de leurs calculs. Ils ne songent pas que leurs beaux projets sont bâtis sur la fragilité d’une vie humaine encore aggravée par les risques de guerre que fait naître la dénatalité ou sur l’hypothèse non moins incertaine que cet enfant leur sera reconnaissant. A quoi bon tous leurs efforts s’il meurt, s’il devint l’enfant gâté dont les caprices et les prodigalités les feront tomber dans la misère,  ou l’ingrat parvenu qui rougira d’eux et plongera leurs vieux jours dans une tristesse amère! Telles sont pourtant les dures leçons que l’existence inflige bien souvent à ces ingénieux calculateurs. Combien d’entre eux éprouveront les affres de la solitude à l’heure où l’on aime à sentir autour de soi une nombreuse et affectueuse sollicitude, où l’on peut avoir besoin d’un soutien? Combien d’entre eux regretteront alors de n’avoir pas compris la portée du devoir de fonder une famille et surtout de ne pas se voir revivre en leurs descendants? »

Extrait de texte tiré du « Grand Mémento encyclopédique Larousse » [Paul Augé // 1937]
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Ne perdons pas un bout de langue (1) : La phonétique

lettres

La phonétique, science des sons du langage

Toute science exige une analyse de la réalité complexe et une classification des faits. Si l’on applique cette règle au langage, on constate que l’unité naturelle du discours est la phrase. Nous parlons pour constater quelque chose ou pour exprimer une émotion, un souhait, un ordre, un jugement, etc. La formule qui sert à cet objet est une phrase. Mais plusieurs phrases différentes comportent des éléments communs qui se recouvrent, ce sont les mots; c’est l’analyse seule qui permet d’aboutir à cette notion du mot; on ne s’étonnera donc pas qu’elle soit plus ou moins claire selon le degré de culture du sujet parlant: dans nombre d’expressions, l’illettré ne sait pas où se trouve le commencement ou la fin des mots. Enfin, une analyse encore plus minutieuse conduit à isoler les éléments communs à des mots divers: ce sont les sons et les groupes de sons ou syllabes.

La phonétique (du grec phônê, voix, son) est la science qui traite des sons du langage; elle comprend : I° une analyse des sons, fondée sur leur nature physique et leur conditions physiologiques (phonétique descriptive): 2° l’étude des lois suivant lesquelles les sons se transforment (phonétique historique).

Orthographe phonétique. Orthographe française. Réforme de l’orthographe.

L’orthographe dite phonétique repose sur ce double principe : I° tout son simple est transcrit par un seul signe, chaque signe conservant toujours la même valeur; 2° tout ce qui se prononce s’écrit, on ne note rien que ce qui se prononce. Une telle transcription, commode pour les savants, représente, on le voit, une convention idéale; l’orthographe de certaines langues, comme l’italien, en approche toutefois dans une certaine mesure; est-il besoin d’ajouter que l’orthographe française n’y prétend à aucun degrés? Tantôt elle conserve aux mots l’état phonétique qui était le leur au XIIe ou au XIIIe siècle (ainsi le mot loi représente la prononciation du moyen âge :l + la diphtongue oy, analogue a celle que l’on entend dans le mot anglais boy); tantôt elle nous présente des mots surchargés de lettres inutiles (dompter, corps, temps), qui, quelquefois, appartenaient au mot latin originel (commettre < committere), mais qui souvent ne sont que des fantaisies de scribes ou d’écrivains public, dépourvues de toute valeur étymologique. On n’oubliera pas qu’aux XIVe, XVe et XVIe siècles les membres de cette corporation étaient payés à la page et qu’ils avaient donc intérêt à gonfler la mesure de leurs travaux. L’orthographe française et ainsi pleine d’anomalies; toutes les tentatives qui eurent pour objet de la simplifier, du XVIe siècle (Meigret) à nos jours, se sont heurtées à des résistances corporatives, à l’indifférence du public et même à l’hostilité de nombreux écrivains et de certains savants.

©Texte : Grand Mémento Encyclopédique Larousse [Publié sous la direction de Paul Augé // 1936]