Jacques Sternberg – Vivre en survivant / Démission, démerde, dérive (Extraits) [1977]

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Qui donc a affirmé que l’esclavage avait été aboli sur cette terre ? Et sur quoi se base-t-on pour affirmer cela ? Que sont ces milliards de salariés à bas prix, condamnés au silence forcé, au zèle à perpétuité, à la réclusion durant huit heures par jour, sinon des esclaves ? On dit que l’esclavage n’a plus cours pour truquer les cartes, créer du mirage, ne pas éclabousser le système, ce qui entraverait la bonne marche des affaires, donc la marche triomphale du monde. Tout ce qui fait la gloire et la puissance, la fierté de l’insolence des patries – ces gros patrons – découle en effet de l’efficience, du fric, du rendement, du bénéfice, donc du travail. Pas pour rien que ce mythe sacré est celui qui est le mieux protégé. Le plus sûrement aspergé de guirlandes et de sucre candi par la morale, la religion, la justice, le bon sens et l’ordre social. Pas pour rien non plus que les employeurs, tout en les méprisant et en les exploitant, craignent leurs salariés comme la peste noire : eux seuls, en cessant de travailler, en déposant la pelle, le tampon ou la truelle, peuvent provoquer l’écroulement de tout un monde, l’explosion de tout un échafaudage. Même les révolutions ne peuvent pas dynamiter le mythe du travail : quand elles réussissent, on change simplement de patron, l’Etat tout-puissant remplace le rapace patron privé, on travaille aussi dur pour un salaire de famine sous la bannière sacrée du prolétariat divin, et il faut la boucler sous prétexte que tout écart de langage peut nuire au Bien du Peuple.
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Interview (7) Georges Perec (Extraits) [Jazz Magazine #272 / 1979]

(Interview réalisée par le magazine « Jazz Magazine » en 1979)

 

Perec : Quand on lit Je me souviens, on voit que j’aimais le jazz, et puis qu’à un moment donné mes souvenirs s’arrêtent – à partir de là je n’ai plus de souvenirs à propos du jazz. Vous connaissez le mot d’Armstrong : « Le jazz et moi sommes nés ensemble », moi je disais « Le jazz et moi sommes morts ensemble ». Je ne suis pas mort, mais l’amour que j’avais du jazz est mort pour moi en même temps que le jazz, je veux dire en même temps qu’un certain jazz. Lire la suite