À propos de…(14) André Stas ( Par Nadine Monfils)

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Le Cirques Divers, indissociable du génial André Stas, pataphysicien, poète, écrivain, collagiste, autodidacte. Un vrai artiste. Pas été pollué ou influencé par une école de mes deux qui formate des employés de l’art. Mon Dédé! Qu’est-ce que je l’aime aussi, celui-là, avec son éternel petit chapeau qui a l’air d’avoir pris la drache et sa tête de cancre.

©Extrait : Nadine Monfils – La 1ère fois que j’ai été au Cirque (Texte paru dans le n°232 de la revue C4 – C’est quoi ce Cirque?)
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Interview (6) Pierre Henry [Recording Musicien #44 / 2005]

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(Interview réalisée par le magazine « Recording musicien » à la sortie de l’album Voyage Initiatique)

Recording : Voyage initiatique, votre nouvel album, s’inscrit dans la continuité de vos recherches sur les sons polyphoniques numérisés. Quelles nouvelles sonorités avez-vous développées pour ce projet ?

Pierre Henry : J’ai considéré les sons de Voyage initiatique comme le point de départ d’une musique concrète nouvelle, une musique de sons transformés, amalgamés, de sons en étirement, en élongation, de sons qui se précipitent. J’ai créé une histoire nouvelle de sons pour que l’auditeur voyage et se retrouve dans un système un peu ésotérique, comme si j’étais le gourou de cette musique.

Certains sons de cette nouvelle création sont d’origine ethnique ?

Ces sonorités sont asiatiques, africaines, mais elles sont surtout inspirées par des musiques qui n’existent que dans ma tête. J’ai utilisé des sons que m’ont procurés Henri Michaux et Jean Rouch, ainsi que des sons enregistrés autrefois pour un documentaire intitulé Sahara d’aujourd’hui. Ces sons à caractère ethnique sont retravaillés, démultipliés. Ils sont le résultat d’une recomposition énorme en studio. J’aime les musiques du monde, surtout les vieilles, les musiques sacrées, ancestrales plutôt que la variété.

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Ernest Delève – Alors beauté… [1961]

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Alors beauté tu es venue tu m’as je crois demandé l’heure je resterais là dans la rue devant toi pour l’éternité
Et devant toi voir-être vu et pénétrer dans l’inconnu devenir ta raison secrète
Etre éclairé par le mystère et être admis par l’interdit être écouté par l’inouï et reflété par la merveille et le mirer aussi bien qu’elle

Tes yeux d’enfant enclos dans l’ombre deviendrais-tu plus belle en montant l’escalier et de grâce parfaite au septième palier
Et les fleurs du mancenillier sur le papier peint de sa Chambre

Tes yeux jardins construits autour d’un nocturne sous la rosée jardins ornés de longs cils pour que l’ombre soit  irradiée
Bouche de promesse profonde langue claire en pleine saveurta bouche où les mots se confondent avec des fruits avec des fleurs

Tes lèvres commençant à dégrafer ta chair tes yeux et leur parure nuptiale de lumière
Mais quel pacte as-tu fait de toute ta souplesse avec cette ombre aux hanches de plus en plus à l’aise
Ta jeunesse en moi fut longuement sous-entendue et maintenant tout commence
A prendre forme à prendre seins à prendre hanches et à passer sa taille au travers d’un anneau
Et mon passé célèbre grandes fêtes de musc pour l’éveil du duvet aux ombrages d’un ange pour toutes lunaisons dans la perle de jais
Pour les premiers accès généreux de ton coeur et ce premier souci d’offrir
Toujours le plus beau rouge à la bouche des hommes les plus beaux cils à leur approche

Suprême accroissement des grâces sous tes robes que le dernier instant tout sur toi dissipé
Erre de soie qui se dérobe

Déjà tes seins font jusqu’au bout l’éloge de ton corps coupes parfaites justes mesures jusqu’à la goutte en trop du bonheur partagé
Une coupe à prendre pour être ivre pour être heureux recevoir l’autre
Une seule goutte tout le philtre m’inonde une goutte de chair suprême à l’apogée
Intensément les yeux fermés l’avide orgie tenant  entre ses lèvres la chère obole prie
Pour être décantée par le plus haut niveau où peut atteindre l’hymne
Et faire aux mystères tout bas le dépôt sacré de lie
Pour devenir l’amant de ces vapeurs sublimes
Tu respires chaque fois ton corps va jusqu’au bout de la beauté
Les attributs de la danse n’ont plus pour liens que ce qui vibre
Dans tes bourses magiques ton cœur compte notre trésor qui est toujours d’un astre d’or à l’effigie
Du grain de beauté de la vie au contour de fleur ravie au teint de phébé brunie
C’est là entre tes seins que je creuserai la fosse mythique où mettre à l’abri
Mon âme et c’est là fille de mère blanche que tu m’as montré sur ta peau noire
Le baiser de la fée un rien un peu de lait un peu de moire
Un peu de jour au fond du puits un vague voile dans la nuit comme un fantôme de nuage
Comme un hôte prodigieux dont il ne reste au réveil que blason nébuleux et taches desséchées.
A la place de l’orage
Et de toutes les incarnations nocturnes de la beauté qui ont perdu chez moi leurs mystères
La blancheur évaporée m’a laissé tout ce grand corps somptueux noir

Je veux te prendre les offrandes et aussi soûler ma boucle à ta peau noire comme le sang des lèvres qui ont sucé des mûres
Et à ta rougeur sous la nuit je veux boire et sous ce noir émerveillé
Ce sont orgies de couleurs ce sont vendanges de lueurs ce sont des grappes de mirages des lointains éclairs de chaleur
Et des apparitions indécises d’or rouge des fuites de nuages dévoilant des buées sur la fraîcheur des trésors des sèves sombres des fumées
Des reflets de fête dans le vin distribution de pourpre pour les âmes
Pourpre qui s’évapore et se poursuit en rêve pourpre qui e déchire pour être faite femme
Entre tes hanches chant alterné en l’honneur de ta grâce qui bouge
Il y a l’endroit incendié comme par le baiser du fer rouge
C’est la forêt réduite à son trésor la fouille dans la terre où naissent les statues
C’est la langue de gazelle buvant le fond de l’ombre et c’est langue assoiffée pendant dans la forêt
C’est le vautour somptueux des désirs satisfaits
Noces venant de loin tentation de Saba à la robe velue fendue du haut en bas
Fleur comme celle du corail au ventre du navire
Naufrage pour force l’île élue à s’ouvrir cette île où est l’accès au bonheur sans mélange
Où l’ombre sur sa chair sent l’extase grandir des taches vives par où transparaît l’ange
L’île pleine d’eau douce comme des amphores de coraux…

©Livre : Je vous salue chéries [Editions des Artistes // 1961]

Image : Couverture d’un numéro du magazine « Avant Garde » [1968-1971]
net: http://avantgarde.110west40th.com/