Marcel Moreau – Morale des épicentres (Extraits) [2004]

10849888_10205021360561159_686677638461923721_n

Ecrire me plongeait la tête dans mes entrailles. Puis c’est tout le corps verbal qui suivant, accroupi, ou agenouillé en elles. A ce prix, j’avais droit à une Muse, de noir vêtue. Mon corps verbal était un contorsionniste, dans mon corps charnel. Il le fallait, en raison des méandres. Mes tripes étaient les épousées de mes mots. Je ne vous raconterai pas ces noces. C’est déjà fait. Elles se sentent plus qu’elles ne se narrent. Cette oeuvre à une odeur. Elle se lit par les narines autant qu’avec les yeux, me disais-je.

Dans le dialogues, trop de boucliers, trop d’armures protègent la pensée de son authenticité. On se parle non pour agrandir sa conscience, mais pour la confirmer dans ses peurs, ses limites, le confort de savoir ce qu’elle sait, au lieu qu’elle se porte au-delà de ce qu’elle sait. Si le dialogue n’est pas une aventure dans l’inconnu, alors, il n’est qu’une conversation dont on connaît d’avance les moyens et les fins. Nous n’irons pas plus loin que ce que nous croyons que nous sommes. Nous ne sommes pas assez, mais il vaut mieux ne pas quitter les chemins balisés où nous nous résignons à ne pas être plus que ce pas assez. Quand à être trop n’y songeons pas. C’est tellement dangereux, et c’est contre-indiqué pour les lois de l’équilibre, si chers à la spiritualité moderne et triomphante.

Lire la suite

Publicités