Chez les autres (4)… Revue Catastrophes.

revue catastrophe

 Catastrophes : écritures sérielles & boum

Présentation par Tristan Hordé: https://www.sitaudis.fr/Parutions/catastrophes-revue-numerique-de-poesie.php

« Contrairement à ce que l’on pourrait penser, très peu de revues exclusivement consacrées à la publication de poèmes sont publiées sur internet, comme par exemple, « Ce qui reste. « Catastrophes », depuis octobre, a fait ce pari : pas de notes de lecture, pas de commentaires, seulement un éditorial en accord avec le titre retenu pour chaque livraison : « Octobre 17 », « Zombies ou fantômes », « Noël au ball-trap », « Hautes résolutions », « L’esprit du bas ». Chaque fois, les textes sont regroupés en ensembles dont la désignation n’est pas faite, volontairement, pour orienter le lecteur, mais participe de l’esprit de la revue ; qu’on en juge : pour le premier numéro, « Boum », « Tilt », « Shebam », « Dring », « Wizzzz », pour le dernier, « fous », « lubriques », « cornards », « bateleurs ». De plus, des poèmes publiés en feuilleton passent dans des rubriques différentes d’un mois à l’autre. »

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Le jazz de Robert Goffin (1) – Sidney Bechet

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Quelle femme fleurit dans les rhododendrons
Sous la pluie aux clairières de Louisiane
Déjà le bruit du vent meurt dans les saxophones
Sous quel baiser nocturne ont noirci les sureaux
Des têtes d’astrakan sentent battre la jungle
Ils portent l’horizon d’un rythme maléfique
Et leurs lèvres sont bleues à force de nuits blanches Lire la suite

Jacques Izoard – Mots maudits sans mot dire ou dictons qui prennent eau de toutes parts

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« Nuage n’est que nuage si le ciel bat de l’aile. »

« Lapereau sous la paume. L’enfance y palpite. »

« La suie est la sœur. Le sable est le frère. »

Touche la petite haleine qu’un miroir ternit. »

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Robert Goffin – Sidney Bechet

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Quelle femme fleurit dans les rhododendrons
Sous la pluie aux clairières de Louisiane
Déjà le bruit du vent meurt dans les saxophones
Sous quel baiser nocturne ont noirci les sureaux
Des têtes d’astrakan sentent battre la jungle
Ils portent l’horizon d’un rythme maléfique
Et leurs lèvres sont bleues à force de nuits blanches

Quel souvenir de fille aux épaules cuivrées
Quelle laiteuse ardeur d’organes caressés
Quel nénuphar de muqueuses camélia
Quelle herbe ensorcelée d’épeautre et de métisse
Ressurgit aux poivrons râpeux des contretemps
A l’heure où le Congo lâche ses chiens de cuivre
Vent du large aux forêts-vierges des pâmoisons
Maman est morte Adieu siffle Peter Bocage
Pas redoublé d’Afrique au coin des beaux quartiers.

Et soudain accroché dans l’épave d’un thème
De ses doigts aux bourgeons d’argent du soprano
Sidney Bechet coule de transe et balbutie
Sa peine de créole aux virages des stomps
Les négresses qui fument la pipe défaillent
Les quarteronnes répartissent les mains chaudes
L’air noue des couples bleus d’iode et de broussaille
Sidney gonfle ses joues aux écluses de l’aube
De sa lèvre à ses mains une lumière gicle
Et lâche tous les ballons captifs du sang rouge
Sidney Sidney toute la nuit lourde de fleurs
Toutes les chairs couleur d’asperge et d’aubergine
Toute l’eau qui s’égare de mare et de pluie
Tout le parfum des débardeurs et des violes
Tout le dialecte félin des lucioles
Le bruit qui fuit aux ruisssellements  de la suie
Sidney Sidney s’enfuit aux patins de l’alcool
Et des frissons s’attardent aux belles de nuit
Qui répètent des ruts de rythme et de parole
Gonna give nobody none of this jelly roll.

Annabelle Verhaeghe – Tu vas voir

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Je réussirai ce concours rue du Taureau et bien plus tard je dirai que c’était déjà un signe et après je rencontrerai une chouette fille et ça durera et elle m’attendra à Paris mais alors je ne l’aimerai plus vraiment et je n’arriverai pas à le lui dire parce que je me sentirai paumé alors je serai malheureux à Paris pendant plusieurs mois et puis j’arrêterai et je reviendrai dans ma ville et dans mon appartement avec les colocs nombreux et on jouera au foot et à la Play et entretemps je convulserai dans une église avant de devenir un peu mystique Lire la suite

Lu part (1)… Ivar Ch’vavar lu part Jacques Bonnaffé


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(Cliquez sur l’image)
net: http://www.lecorridorbleu.fr/produit/cadavre-grand-ma-raconte/

Jean Stiénon du Pré – Sur papier riz (Extrait)

Willy-Pogany

Ton amour à la blanche ordonnance se dresse dans le gris de mon ciel, comme auprès d’une eau morte, en Vénitie, quelque villa de Palladio. Je veux écrire une élégie au pied de tes colonnes, mais l’oiseau du soir a chassé celui du levant, et rien plus ne s’élève de mes cimes éteintes que le cri : mon appel. Je suis seul parmi l’or tremblant et les graines mouillées. Serais-tu restée prise, telle un brelan de roses, entre les fers de la grille? Cependant ta voix libre caresse le front des graminées, plaisir de papillon. La voici vibrant plus fort à l’approche d’un souvenir; et je cherche intimement ta présence… J’écoute. Je suis seul.
Il semble que, déjà, me soient offerts le miroir et la croix. Mais où veilles-tu? A l’envers de ces dons? Toi, le miroir où s’arrêtera mon souffle, toi, la croix sur mon cœur?
Ma plaine, mon âme, clos tes cils. Le décor du mystère se fixe à petits coups d’étoiles, et c’est en silence qu’œuvrent les puissances de nuit… Je vais chanter, mais dans ma voix blessée je reconnais la tienne, fil qui la soutien t et la mène au brusque épanouissement dont elle expire.
Je t’ai dit des choses sans nouveauté. Puisque tu fus à l’origine, puisque tu sais le soins d’un choix qui se prolonge et le précis de l’angoisse, mesure du terme… Le perron, les degrés, les marbres; et, sombre, le « thalamos » percé d’éclats de jour, échelles de Jacob!
Mais tout est paisible au sein des herbes fatiguées. Le dur insecte y a sa place, et la la fleur, tête inclinée, déjà dort les bras en croix.

©Livre: Jean Stiénon du Pré – Sur papier riz [gmd Dutilleul Paris]
Peinture : Willy Pogany

Ernest Delève – Insomnie

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La nuit parfois il s’éveille
tout bas l’appelle un poème
qui ne parvient pas à dormir
Dans son oreille il sent l’haleine
qui pour savoir s’il dort soupire
très fort pour l’éveiller s’il dort
et il voit s’ouvrir un sourire
comme une entaille lumineuse
dans un fruit juteux que l’on mord

Je dors dit-il je dors

Mais il ne peut se rendormir

Il se lève et le son de la nuit le surprend
des voix très haut très graves passent
certaines nuits on entend en sourdine des hymnes
de joie qui s’enfle et devient surhumaine
c’est l’homme éperdument qui chante
d’être homme éperdument sans bornes
depuis que la misère le traîne
devant tous les malheurs pour le faire abjurer
mais il rit quand on bénit ses chaînes
il jure et il chante à tue-tête

il chante à tout casser

Il chante à renverser les cierges
à casser les reins de plâtre du christ
à casser les vitraux et les vierges
à casser la voix du curé
à tuer les nonnettes

Il chante à tout casser
à faire sonner la tocsin
tant que les cloches se décrochent
à faire vibrer le béton des prisons
trembler les guichets des banques
à faire tomber l’aumône des mains du riche
à faire tomber les armes des gendarmes
à faire crouler le ciel
devant chaque maison dans chaque poubelle
Chantez avec lui vous qui l’entendez
chantez de tout votre souffle
Sinon tombez avec tout ce qui tombe
ou restez accroché comme un vieux calendrier
au mur moisi d’une maison
en démolition
©Livre : Ernest Delève – Poèmes inédits [Le Taillis Pré // 2003]
©Photographie : Harold Burdekin [London by night 1930]

Mohammed Khair-eddine – Le soleil atroce des rêves… (Poésie)

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à Jean DUFOIR

le soleil atroce des rêves
le cadavre gluant des lunes et du désert
quand la mer basculée par une intoxication d’algues amères
met un trait d’union entre le ciel flexible et ton visage
de gazelle noire
sont sous l’aisselle moite du passeur
plus nombreux que le les oiseaux de toute la terre

les sépulcres sont tombés sur les froides rivières

il fallut une arme: ma langue sèche ma langue aveugle
recrachant les intrépides chevaux du vol des superstitions
et du sacre
d’un printemps éventré
par nos pieds roides
et voici s’étendre à même ma peau
le chien oblique des menaces avortées

ciel bas
torpillé pillant nos faces
les fossiles aigris les uniformes
et cette maladie sur leurs prunelles grises
viaduc
et
silence par ces reptations d’affres engourdies
mais
qu’est-ce une fleur sinon la mort des tarentules
je dis ce feu blanc et noir ou violet
parmi les toits vétustes du lointain
je dis l’avion-mouche-étrange sur nos cous viriles

et nous nous demandions si nous n’étions pas noyés depuis des
siècles
je dis cet ordre immanent  ce costume d’aigle mort-né
je ne dis rien passons par si peu d’anses éclatées

les sépulcres sont tombés sur les froides rivières

notre marche était un filet
sans hargne
nos bras claquaient
sur le dos lisse du ciel mulet
et nos yeux prématurés
sur tes visages refleuris parmi les ronces
quand
rejetés par la tornade
nos corps émus firent des flaques dans la liberté

©Poème : Mohammed Khair-eddine (paru dans « Le journal des poètes » #1, Janvier 1967)
©Illustration : Cléo d’O
net : https://www.facebook.com/philomene251/

Robert Desnos – Rrose Sélavy (Extraits)[1922 – 1923]

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1. Dans un temple en stuc de pomme le pasteur distillait le suc des psaumes.

5. Je vous aime, ô beaux hommes vêtus d’opossum.

20. Pourquoi votre incarnat est-il si terne, petite fille, dans cet internat où votre oeil se cerna?

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William Lauret : Les contes défaits (Extrait) [2008]

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Et mon cul!

Provoquer le destin,
La conscience au panier,
juste pour vibrer, juste pourrir,
Juste pour s’éclater,
Et mon cul!

Cracher sur le passé,
Pour biaiser, pour grimper
Des mamelons de trahisons,
Des fougasses aux lardons,
On s’permet d’en jouir, on s’permet d’en rire,
Et mon cul!

Faire le point,
Fourrer jusqu’au petit matin,
Bourrer chacun de son coté,
Pour casser le train train,
Reculer pour mieux sauter…

Peu importe la stratégie,
Même si l’or gît,
Je n’crois pas du tout
Aux retrouvailles après coup,
Aux nouveaux champs de tirs…

On habite, on cohabite,
On n’sait plus où on habite,
On se sépare on se répare,
Juste pourrir, jus pour voir…
Et mon cul.

©William Lauret – Les contes défaits [Autoproduction // 2008]

Interview (2) Anthony Joseph – Poète à la racine (Extrait) [2016]

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Vous menez une double carrière, dans la poésie et la littérature, d’une part, et la musique, d’autre part.

C’est amusant, mais la plupart des gens ne sont pas au courant des deux. En Angleterre, les gens me connaissent essentiellement en tant qu’auteur et poète, parce que je joue rarement là-bas. Pour moi, l’enseignement est une forme de prestation scénique et je vois un lien entre me produire sur scène et devant une classe. Je me considère comme un poète, mais pour moi cela ne signifie pas juste rester assis et écrire des poèmes, ça veut dire communiquer, interpréter, écrire, enseigner, faire partie de la communauté…Quand je me développais en tant qu’auteur et en tant qu’artiste, je pensais toujours que mon travail était trop personnel, trop insulaire, trop idiosyncratique, et que les gens ne pouvaient pas le comprendre. Puis j’ai appris que, plus c’est personnel, plus ça attire les autres. Plus on s’expose de façon personnel, plus on peut se connecter avec les gens parce que le personnel est universel. Si tu essaies d’écrire une chanson et que tu dis: « Je suis tombé amoureux de cette fille, elle m’a brisé le cœur, je ressens de la douleur », ça ne veut rien dire. Par contre, si tu dis: « J’étais à Paris en juillet et j’ai rencontré cette fille, son nom était Michelle, nous sommes tombés amoureux et elle m’a abandonné à la station de métro de Gare du Nord », les gens vont se dire « Ouah, je ressens ça, c’est pour de vrai. » Il faut être personnel, c’est la bonne façon de faire.

©Texte : Interview donnée par Frédéric Adrian pour le magazine SOULBAG [#223 Juillet-Août-Septembre 2016]
net: http://www.soulbag.fr/
©Image : Edwige Hamben

Philippe Soupault – Georgia

117276473897481Je ne dors pas Georgia
Je lance des flèches dans la nuit Georgia
j’attends Georgia
Le feu est comme la neige Georgia
La nuit est ma voisine Georgia J’écoute les bruits tous sans exception Georgia
je vois la fumée qui monte et qui fuit Georgia
je marche à pas de loup dans l’ombre Georgia
je cours voici la rue les faubourgs Georgia
Voici une ville qui est la même
et que je ne connais pas Georgia
je me hâte voici le vent Georgia
et le froid et le silence et la peur Georgia
je fuis Georgia
je cours Georgia
Les nuages sont bas il vont tomber Georgia
j’étends les bras Georgia
je ne ferme pas les yeux Georgia
j’appelle Georgia
je t’appelle Georgia
Est-ce que tu viendras Georgia
bientôt Georgia
Georgia Georgia Georgia
Georgia
je ne dors pas Georgia
je t’attends Georgia

Philippe Soupault, 1926

Image : Philippe Soupault – Dessin automatique