Jardin d’usure – musique du garrot et de la ferraille (Extrait)

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PLUSIEURS JOURS QUE LES MUSCLES BANDENT POUR RIEN
QUE CA COULE DANS LE GOSIER SANS L’ETANCHER
Que la chair vive et nerveuse gonfle et remue
comme agressée par un essaim de mouches à viande.
Moi: une immense verrue gorgée d’opium gras,

Mes veines sont des outres emplies de caféine.
Que faire pour que le sang cesse de crier?
(C’est déchiré.) Pour qu’il ne tourne plus à vide?
(Cri.) Que ma corne et mes ongles soient de silex!
(Oh!) Pour ne plus rien griffer ni rien pénétrer!
Que mon cœur soit une boîte à cailloux! (On sait.)
Des galets pour les yeux! Le nez: une carotte!
(Ne plus jamais pleurer, ni humer, respirer.)

Et le tronc, une bûche, un tapis d’herbe grise!
Et le membre, une carotte plantée! (Flétrir!)
Mon système nerveux se corrode d’envie
Que crève cet insatiable désir, pendant
Qu’on divise
mon corps en pe
ti
tes
parties!

©Texte : poème tiré de l’album « musique du garrot et de la ferraille » de Jardin d’usure [Sub Rosa // 1994]

David Toop – Ocean of sound (extrait)

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« 19 novembre. Un chaman Yanomami arrive au village, le bas du visage peint en noir en signe de véhémence, le haut en rouge, couleur de la vie. Il accepte que nous enregistrions ses visions hallucinées à l’epena, et nous le suivons donc, munis de notre équipement. En chemin, nous traversons une rivière en bateau, mais l’embarcation ne tarde pas à couler, si bien que nous finissons le trajet en pataugeant. Sur le sentier, j’observe une mouche de la taille d’une pomme de pin, dont les ailes rouges déploient une envergure d’une douzaine de centimètres. Lorsque nous arrivons, l’homme est allongé dans son hamac. Il prétend que quelqu’un lui a volé son epena par jalousie. Une version divergente ultérieure insinue que sa famille l’aurait dissimulé par peur de notre magnétophone. Plus rien à faire ici, et nous prenons donc congé au bout de dix minutes. Sur le chemin du retour à Continamo, la pluie tombe et l’oncle de Simon nous coupe des feuilles démesurées en guise de parapluie. Trempés jusqu’aux os après l’orage et la traversée de deux rivières, pataugeant à nouveau, nous nous écroulons dans nos hamacs et sombrons dans le sommeil. Nous sommes réveillés dans l’après-midi par une agitation. Un jeune Yanomami lance ses incantations dans le village, tandis qu’il prise l’epena dans une assiette de fer blanc et qu’il danse les bras déployés, en émettant les sons d’esprits d’animaux. Cette nuit-là je rêve que des animaux vivent sous ma peau. »

©Livre : David Toop – Ocean Of Sound : Ambient music, mondes imaginaires et voix de l’éther [Kargo & L’éclat // 2008]
©Image : Cauqueraumont Joaquim